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Reconstitution historique de la dernière campagne militaire de Napoléon en Belgique

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Eléments de stratégie

 

1) Les stratégies des Alliés et de Napoléon.

 

      Le but initial de Napoléon avait été d'être reconnu Empereur des français par les puissances européennes.
La formation de la 7eme Coalition et la préparation d'une intervention militaire vers Paris pour l'éloigner de son trône dès le mois de juillet l'ont amené à utiliser des moyens militaires pour s'y opposer et atteindre son objectif politique.

Il ne disposait pas de forces suffisantes pour entamer une guerre régulière avant cette date, compte tenu de la supériorité numérique de la coalition.

En revanche deux scénarios restaient possibles:

  • la défense du territoire et de Paris, le temps de rassembler à l'automne près de 800.000 hommes; en quelque sorte rejouer la campagne de France de 1814 avec non plus 90.000 hommes mais 200.000.

 

  •  créer les conditions de nouvelles négociations, provoquer un bouleversement politique en Europe par la prise rapide de Bruxelles.

" Dans les conseils de guerre tenus aux Tuileries, on avait étudié deux plans (mémoires sur Carnot). L'un consistait à demeurer sur la défensive, à laisser les ennemis entrer en France, s'engager à travers les lignes des places fortes et s'avancer dans le rayon de Paris et de Lyon. On contre-attaquerait alors avec énergie en s'appuyant sur ces deux bases. les Alliés, ne pouvant franchir la frontière que le 1er juillet, n'arriveraient pas sous Lyon avant le 20 et sous Paris avant le 25 ou 26 juillet, calculait l'Empereur. A cette date, la mise en état des places serait achevée, la levée de la garde nationale mobile entièrement accomplie. Les conscrits de 1815 seraient dans les dépôts et ceux-ci auraient envoyé leurs troisièmes bataillons aux régiments de ligne. On replierait sur la capitale les six premiers corps d'infanterie et les quatre corps de cavalerie de réserve. Ajoutés à la Garde impériale, ils fourniraient une force d'au moins 160.000 hommes manœuvrant sur les deux rives de la Seine et de la Marne sous la protection d'un vaste camp retranché de Paris. pour défendre la ville elle-même, si on voulait armer les Fédérés comme l'Empereur le leur avait promis, on disposerait avec la Garde nationale et les compagnies de canonniers volontaires, de plus de 100.000 hommes, ancien soldat pour la plupart.
C'est à cette manière d'agir que Carnot avait pensé. Outre les avantages énumérés ci-dessus, elle offrait celui d'affaiblir l'adversaire, car il devait laisser en route 150.000 hommes au moins pour assurer ses lignes de communications, assiéger les places, tenir tête aux corps francs qui mèneraient la guérilla sur les arrières. En revanche, elle présentait un grave inconvénient : on abandonnait d'emblée aux ennemis toute une partie du territoire, où ils exerceraient leurs ravages. Mais Carnot estimait que l'invasion, en exaltant le sentiment patriotique, engagerait toute la nation dans la lutte et ferait lever la France entière contre les envahisseurs.
L'autre plan était d'attaquer avant la réunion des coalisés. Il s'agissait de surprendre les armées anglo-batave et prussienne avant leur concentration complète, de les diviser et les disperser. Après cette victoire, recevant les renforts des dépôts, l'Empereur ferait sa jonction avec les 23.000 hommes de Rapp qui tenait l'Alsace et se porterait contre les Austro-Russes. L'esprit public serait électrisé, on pourrait tout demander au pays pour compléter son triomphe.
Du reste, il ne semblait pas impossible qu'une défaite des Anglais et des Prussiens n'amenât l'effondrement de la coalition. C'est ce plan, approuvé par Davout, que l'Empereur avait choisi "...(1)

 

En vertu des traités de 1814, les Britanniques, Hanovriens et Néerlandais sont chargés de surveiller la frontière franco-belge sur toute sa longueur, de Furnes jusqu'à Namur, soit environ 170 km à vol d'oiseau.

 

Placée d'abord sous le commandement du prince d'Orange, Wellington arrive à Bruxelles et prend le commandement de cette armée hétérogène anglo-hanovrio-néerlandaise à partir du 4 avril.


L'armée prussienne du Bas-Rhin, sous Kleist d'abord, puis sous Blücher début avril, est chargée de la surveillance de toute la région à gauche du Rhin et à droite de la Meuse.


L'objectif premier de ces troupes alliées anglo-néerlandaises et prussiennes est de constituer une avant-garde destinée à protéger la marche des autres armées alliées vers les régions qui devaient leur servir de bases pour les opérations qui leur avaient été assignées par le traité du 25 mars, et de retarder le plus possible une éventuelle offensive française en attendant la réunion de toutes les armées alliées d'invasion de la France.


A cela s'ajoutait la tâche de protéger le roi des Pays-Bas installé à Bruxelles, le roi de France installé à Gand, les lignes de communication vers l'Angleterre et l'Allemagne.


Les difficultés pour Wellington ont été l'éparpillement nécessaire de ces troupes sur un secteur aussi étendu, l'organisation d'une armée composée d'hommes appartenant à trois nationalités différentes, britannique, hanovrienne et néerlandaise auxquelles viendront s'ajouter des contingents allemands, et la coordination avec les forces prussiennes initialement disposées à l'est de la Meuse.

 

2)  Le plan de campagne de Napoléon

Les conditions de la réussite du plan étaient la surprise et la vitesse de la marche vers Bruxelles.

Les obstacles à vaincre étaient les forces de Wellington et de Blücher disposées dans les 90 km entre la frontière et Bruxelles.
Selon le général Rogniat, commandant du Génie de l'armée du Nord, Napoléon avait l'intention de surprendre les armées anglaise et prussienne dans leurs cantonnements et de foncer avec sa cavalerie de 20.000 hommes vers Bruxelles (2).


La grande majorité des auteurs et historiens s'accordent sur un plan supposé de Napoléon:
Il sait que les deux armées basées en Belgique ont des bases d'opérations distinctes, qu'elles totalisent 223.000 hommes et 20.000 supplémentaires à Luxembourg.

Mais pris séparément, les Anglo-Néerlandais ne sont que 106.000 et les Prussiens 117 à 137.000, face aux 123.000 Français.
Il doit battre d'abord les Prussiens qui se replieraient vers leurs bases de Liège et Aix-la-Chapelle, puis les Anglais qui se replieraient vers les ports d'Anvers ou Ostende.


Après quoi, avec le ralliement d'une partie du contingent belge et hollandais, il pourrait rejoindre l'armée de Rapp pour faire face aux Russes et Autrichiens qui chercheraient sans doute à entamer des pourparlers, comme par le passé.


Pour obtenir ce résultat, il est indispensable de manœuvrer "par les lignes intérieures", d'agir au point de jonction des deux armées alliées.


3) Voies d'invasion supposées

D'après un mémoire confidentiel du 30 avril de Wellington au Prince d'Orange, Hill et Uxbridge, il apparait que le général en chef britannique prévoyait une attaque des français

  • soit entre la Lys et l'Escaut, c.a.d de Lille, Courtrai, Audenarde, Gand
     
  • soit entre l'Escaut et la Sambre, c.a.d de Condé, Mons, Enghien, Hal vers Bruxelles.

 

 Les chaussées entre la France et Bruxelles en 1815 
d'après Ph J. Maillart et Soeur: (3)  

Campagne de Belgique, éléments de stratégie

 

De fait il dispose son armée de manière qu'elle puisse se concentrer rapidement vers la droite ou la gauche, et demande à Blücher d'avancer au maximum vers l'ouest et la Sambre le 1er corps d'armée prussien de Zieten.

 

MEMOIRE CONFIDENTIEL

Pour S.A.R. le prince d’Orange, le comte d’Uxbridge, lord Hill et le Quartier-maître général.
Bruxelles, 1815


I. – Ayant reçu avis que la Garde impériale a quitté Paris pour se rendre à Beauvais, et le bruit ayant couru depuis quelque temps dans le pays que Bonaparte était sur le point de visiter la frontière du nord, je juge à propos de resserrer les cantonnements des troupes, dans le but de leur réunion prochaine si le pays était attaqué, pour laquelle concentration le Quartier-maître général envoie maintenant des ordres.
II. – Dans ce cas la ligne d’attaque de l’ennemi sera ou bien entre la Lys et l’Escaut, ou bien entre la Sambre et l’Escaut, ou des deux côtés à la fois.
III. – Dans le premier cas, je voudrais que les troupes de la 4ème division occupent le pont de l’Escaut, près d’Avelghem, qu’elles reculent avec le régiment de cavalerie qui est à Courtrai sur Audenaerde, poste qu’elles devront occuper, et qu’elles inondent la campagne dans les environs.
IV. – La garnison de Gand doit inonder de la même façon la campagne dans les environs, et cette ville doit être gardée dans tous les cas.
V. – La cavalerie en observation entre Menin et Furnes devra se replier sur Ostende ; celle qui est entre Menin et Tournai sur Tournai, et de là rejoindre ses régiments.
VI. – Les 1ère, 2ème et 3ème divisions d’infanterie se réuniront aux quartiers généraux des divisions et la cavalerie aux quartiers généraux de ses différentes brigades, et le tout devra être prêt à marcher au premier signal.
VII. – Les troupes des Pays-Bas seront réunies à Soignies et Nivelles.
VIII. – Si l’attaque avait lieu entre l’Escaut et la Sambre, je me propose de réunir les Anglais et les Hanovriens à Enghien et dans les environs et l’armée des Pays-Bas, à Soignies, à Braine-le-Comte et dans les environs.
IX. – Dans ce cas, les 2ème et 3ème divisions se rassembleront sur leur quartiers généraux respectifs et battront pas à pas en retraite vers Enghien avec la cavalerie du colonel Arentschild et la brigade hanovrienne.
X. – Les garnisons de Mons et de Tournai tiendront ferme, mais celle d’Ath sera retirée, avec la 2ème division, si les travaux n’étaient pas assez avancés pour rendre la place tenable contre un coup de main.
XI. – Les brigades de cavalerie des généraux W. Ponsonby, sir J. Vandeleur et sir H. Vivian marcheront sur Hal.
XII. – Les troupes des Pays-Bas se réuniront sur Soignies et Braine-le-Comte.
XIII. – Les troupes de la 4ème division et le 2ème hussards, après avoir occupé le pont à Avelghem , battront en retraite sur Audenaerde et y attendront des ordres ultérieurs.
XIV. – Si l’attaque avait lieu des deux côtés à la fois, les troupes de la 4ème division et le 2ème hussards, ainsi que la garnison de Gand agiraient ainsi qu’il est dit aux n°s III et IV de ce mémoire ; et comme les 2ème et 3ème divisions et la cavalerie, ainsi que les troupes des Pays-Bas, comme il est prescrit aux n°s VIII, IX, XI et XII.


Wellington

 

Dans ces mémoires, Wellington explique quelles étaient les routes d'invasion qu'il lui fallait surveiller:


1er. de Lille par Courtrai vers Gand
2e. de Lille par Tournai, Audenarde vers Gand
3e. de Lille par Tournai, Ath vers Bruxelles
4e. de Condé par Ath, Enghien vers Bruxelles
5e. de Valenciennes par Mons, Soignies vers Bruxelles
Ces cinq routes étaient des chaussées pavées très praticables par une armée.

 

Par ailleurs on peu identifier cinq autres voies d'invasion possibles vers Bruxelles de la Sambre à la Meuse:
6e. de Bavay par Mons, Soignies vers Bruxelles
7e. de Maubeuge par Mons
8e. de Beaumont par Mons
9e. de Beaumont par Charleroi, Genappe
10e. de Givet, par Dinant, Namur vers Bruxelles

 

Cependant il n'y avait que deux chaussées pavées au sud de la Sambre, celle menant de Avesnes à Maubeuge et celle de Beaumont à Mons qui franchit la rivière à Erquelinnes.


Au delà, d'après les cartes de l’époque, en particulier celle de l’ancien département de la Dyle (Bruxelles) seules trois chaussées pavées permettaient de poursuivre jusqu'à Bruxelles:


Celle d'Enghien et Hal, depuis Tournai à l'ouest.
Celle de Nivelles ou Genappe puis Mont-St-Jean au sud.
Celle de Namur par Louvain à l'est .


En outre, l'examen des cartes de Ferraris (Pays-Bas autrichiens de 1778) et de Maillart (Nouvelle carte du département de Jemmapes, an VIII) montre qu'il n'y avait pas de chaussée au sud de Charleroi qui permettaient de relier la Sambre au villes françaises de Beaumont, Philippeville ou Givet, mais uniquement de simples chemins de campagne.


Mons apparaissait donc comme un passage obligé de plusieurs itinéraires pavés (Valenciennes, Beaumont) ou non (Maubeuge, Bavay).
La difficulté d'accès à Charleroi depuis le sud ne faisait pas de ce passage un point d'invasion qui s'imposait en priorité pour les alliés.

 

4) Disposition des coalisés en Belgique:

L’avant-garde de la nouvelle coalition est positionnée en Belgique.

Dès le 4 avril Wellington et Gneiseneau, le second de Blücher, s'étaient entendu sur leur positions respectives en vue de l'invasion de la France:

Les Britanniques et Hanovriens de Wellington au sud-ouest de Bruxelles avec 93 000 hommes, et les Prussiens de Blücher entre Charleroi Namur et Huy avec 117 000 hommes (4).


Le 3 mai, Wellington et Blücher se rencontrent à Tirlemont près de Louvain et adoptent de nouvelles positions défensives beaucoup plus à l'ouest pour les différents corps d'armée prussiens;

 

Le 1er corps Zieten venant se positionner sur la rive nord de la Sambre jusqu'à l'ouest de Charleroi. Blücher quitte Liège pour Namur le 15 mai.

 

  • Le 1er corps prussien du général Zieten (30.761 hommes ) était disposé le long de la Sambre à Charleroi.(5)


1ere brigade Steinmetz derrière Fontaine-l'Evêque


2eme brigade Pirch derrière Charleroi


3ème brigade Jagow derrière Fleurus


4ème brigade Henckel derrière Onoz


la cavalerie Röder à Gembloux
et les 12 batteries d'artillerie à Eghezée

 

  • Le 2e corps du général von Pirch I (31.758 hommes) était cantonné entre Namur et Wavre.
  • Le 3e corps du général Thielmann (23.980 hommes) était cantonné entre Dinant et Huy.
  • Le 4e corps du général von Bülow (30.328 hommes) était cantonné à Liège.

 

Le 1er corps britannique du prince d'Orange (29.000 hommes) constituait l'aile gauche du dispositif de Wellington ; QG à Braine-le-Comte.(6)


la division Cooke (4300 hommes) était cantonnée à Enghien


la division Alten (8100 hommes) était autour de Soignies


la division Perponcher (7600 hommes) était autour de Nivelles et Quatre-Bras


le division Chassé (7100 hommes) était entre Le Roeulx et Haine St Pierre


la cavalerie néerlandaise Collaert était autour de Mons

 

Le 2e corps britannique du général Hill constituait l'aile droite: QG à Ath


la division Clinton (8000 hommes) était disposée à Ath, Leuze


la division Colville (7600 hommes) était à Audenarde, Courtrai et Renaix


le corps Néerlandais de Stedman (6700 hommes) était disposé en arrière à l'ouest de Bruxelles, à Landscaut et Sottegem.

 

La cavalerie du général Uxbridge (10.000 hommes ) était cantonnée dans la vallée de la Drende, entre Ath Lessines et Grammont, au sud ouest de Bruxelles.

 

Le corps de réserve de Wellington (21.000 hommes) QG à Bruxelles était dispersé entre Bruxelles, Malines et Anvers.

 

Positions des Divisions, Brigades et Corps d'armées Alliés en juin 1815

 Campagne de Belgique, éléments de stratégie

 

Il semble que Wellington et Blücher aient bien disposé leurs effectifs en fonction des 10 voies d'invasion possible:

 

1er. Lille - Courtrai - Gand                  = Stedmann & Colville
2e. Lille - Tournai - Gand                    = Colville
3e. Lille - Tournai - Bruxelles             = Clinton & Cooke
4e. Condé - Ath - Bruxelles                 = Clinton & Cooke
5e. Valenciennes - Mons - Bruxelles = Collaert & Alten
6e. Bavay - Mons                                   = Collaert & Alten
7e. Maubeuge - Mons                           = Collaert & Alten
8e. Beaumont - Mons                           = Collaert & Alten
9e. ? - Charleroi - Bruxelles                 = Zieten & Perponcher
10e. Givet - Namur - Bruxelles            = Thielmann & von Pirch

 

Mais les forces alliées se trouvaient de ce fait assez dispersées, avec un premier rideau constitué de 30.000 hommes environ du 1er corps du Prussien Zieten tout au long de la rive nord de la Sambre coté Est, 15.000 Néerlandais de Collaert, Chassé et Perponcher sur le route de Mons au centre, et 15.000 Britanniques de Clinton et Colville à l'Ouest.


Les trois autres corps prussiens sont à distance et leur concentration peut prendre un certain temps. Bulow à Liège sera à 80 km soit plus de 25 heures de marche de Sombreffe par exemple; Thielmann à Huy sera à 50 km soit 17 heures de marche.


Le corps de réserve de Wellington et ses 20.000 hommes, sont très en arrière, environ 60 km de Genappe par exemple, soit 20 heures de marche...



 

 

 


  Notes & sources

(1) Robert Margerit - Waterloo 18 juin 1815 - Ed Gallimard - 1964
(2) Général J. Rogniat -"Considérations sur l'Art de la Guerre" - Paris - 1820 p342
(3) d'après Ph J. Maillart et Soeur: "nouvelle carte du département de la Dyle" & "nouvelle carte du département de Jemmapes" - Bruxelles - an VIII (1800) - source gallica.bnf.fr - http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84945527
(4) F. de Bas-J. de Wommerson : "la Campagne de 1815 aux Pays-Bas" - Bruxelles - 1909 - Tome I - p245
(5) Logie, J. "Waterloo 1815. L'Europe face à Napoléon "- Bruxelles - 2003- p41
(6) F. de Bas, J.de Wommerson, "La Campagne de 1815 aux Pays-Bas" - T1 Quatre-Bras - Bruxelles 1909.

 

 

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