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Reconstitution historique de la dernière campagne militaire de Napoléon en Belgique

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La bataille de Gilly du 15 juin

La carte de Ferraris de 1777 permet assez bien de se rendre compte de la topologie des lieux où se sont déroulés les combats de Gilly et de tenter de replacer les différentes troupes et leurs mouvements.

La bataille de Gilly du 15 juin 1815

Cependant il faut noter que la carte de Capitaine qui lui est postérieure de 20 ans représente une route pavée de Gilly à Fleurus, et ne fait plus apparaitre le petit bois entre Chatelineau et Fleurus (le bois de Fayt).



La 2eme brigade prussienne du général PirchII avait pris position sur le plateau qui s'étend de l'abbaye de Soleilmont au nord, à Chatelineau au sud, sur près de 3 km, et qui surplombe d'une trentaine de mètres le cours d'un petit ruisseau (le "Grand Rieux"). 


En arrière se trouvent les bois de Lambusart et de Friche-Heye (à l'est) et au nord le bois de Ransart.
La Chaussée pavée venant de Charleroi traverse Gilly, franchit le Grand-Rieux par un petit pont qui se trouvait barré, puis monte une pente douce jusqu'à "Sart-Allet" et la bifurcation soit vers Fleurus, soit vers Lambusart à travers les bois.
En face et en bas du plateau, à mi-chemin entre Gilly et Châtelineau, se trouvait la ferme "Trieu-Kaisin". Au sud de Gilly, près de la chaussée de Châtelet-Bruxelles, le moulin à vent "Cornil" situé sur un point haut servit d'observatoire à Napoléon.

La carte ci-dessous a été établie d'après la carte Ferraris de 1777 et ses toponymes, en tenant compte de la nouvelle chaussée pavée de Gilly vers Fleurus à travers le bois de Friche-Heye.

 

La bataille de Gilly du 15 juin 1815

 

 

 


2) Les forces en présence:

Les Prussiens.


Le général von Pirch(2) avait rassemblé sa 2e Brigade sur Gilly dès l'heure de midi (1) .
Il dispose alors de 3 régiments avec 7 bataillons quasi complets (5.700 hommes), deux escadrons de cavalerie et 8 pièces d'artillerie:

 

La bataille de Gilly du 15 juin 1815

 
- Le 6e Régiment d'Infanterie de Prusse occidentale : 3 bataillons (3x800 hommes)
- Le 28e RI de Berg (1) : 3 bataillons (3x800hommes)  
- Le 2e RI de Westphalie landwehr : uniquement le 2e bataillon (800 hommes), le 1er est en marche encore à Lodelinsart, le 3e a été quasiment décimé lors des précédents combats du début de journée (2).

- Le 1er régiment de cavalerie de Westphalie était en marche de Moustier directement à Fleurus, la seule cavalerie présente est constituée de deux escadrons du 1er régiment de  Dragons de la Prusse occidentale du colonel von Woisky venant de la cavalerie de réserve du 1er corps, soit environ 250 Dragons.
- La batterie n°3 de Petersheiden comprend 8 pièces d'artillerie.

Il est difficile de reconstituer précisément les positions prussiennes, beaucoup de descriptions paraissent fantaisistes.


Selon les sources prussiennes (3), Pirch place 4 bataillons sur un front de 3 km, depuis l'abbaye de Soleilmont jusqu'à Châtelineau, sur un plateau en contre-bas duquel coule le "Grand Rieux"; les 3 autres sont en réserve dans les bois sur la route de Lambusart. (voir la carte ci-dessus)
Il reste en contact tout l'après-midi avec la 1ere brigade de Steinmetz à Ransart puis qui transite au nord à Herpignies vers Fleurus, également avec la 3e brigade de Jagow au sud à Farciennes.
Les deux escadrons de Dragons sont en position sur les pentes de Châtelineau face à la vallée de la Sambre. 4 pièces d'artillerie sont à droite du 3eBn du 6e RI, et les 4 autres sont disposés de part et d'autre de la route vers Fleurus.

 

Il est possible de situer ces positions sur le plan actuel des rues de Gilly et Châtelineau:

800 hommes du 2e bataillon du 28e RI de Berg étaient au nord de la Chaussée de Fleurus au niveau de l'actuelle rue de Rambulant.

800 hommes du bataillon du 2e RI Westphalie étaient au carrefour actuel de la chaussée de Fleurus et de la rue Gustave Derard.

Une batterie devait se trouver au niveau de l'actuelle rue de la petite Hollande.

1600 hommes des 3e bataillons du 28e RI de Berg et du 6e RI de Prusse  étaient disposés dans les champs actuels entre la rue de la Croix et la rue des Sarts, les 250 Dragons de von Woisky devaient se trouver initialement plus au sud vers l'actuelle rue Culot Reine.

 


Les Français:

Les Hussards et les Lanciers de Pajol (4) et les Chasseurs de Domon (2.000 et 1.000 cavaliers respectivement) avaient avancé jusqu'à Gilly sans doute dès 13.00 hrs. Le 5e Hussard s'était avancé en reconnaissance à la sortie du village et avait essuyé le feu de l'ennemi.


Deux bataillons de la Jeune-Garde arrivent juste après, puis le reste de la Garde prend position entre Charleroi et Gilly.


Grouchy traverse la Sambre vers 12.45 hrs et rejoint rapidement Pajol à Gilly. Il estime les forces prussiennes à 20.000 hommes et informe Napoléon que des prussiens sont embusqués dans le bois de Fleurus à l'Abbaye de Soleilmont, la route de Fleurus étant coupée au niveau du petit pont sur le ruisseau" le Grand-Rieux".


Napoléon se porte immédiatement à Gilly, observe lui-même les forces ennemies depuis un moulin à vent, les estime à 10.000 hommes tout au plus et donne son plan d'attaque:


Les 3.000 cavaliers de Pajol et Domon, une division d'infanterie de 5.000 hommes du corps de Vandamme attaqueront de front au centre, tandis que les 3.000 Dragons d'Exelmans les contourneront par le sud en traversant le ruisseau au niveau du moulin à eau "Delhatte" situé au sud-ouest de Chatelineau.

L'Empereur repart à Charleroi à 16 hrs presser l'infanterie de Vandamme qui n'est toujours pas là.


Les Dragons d'Exelmans se positionnent face à Châtelineau, au sud de la ferme "Trieu-Kezin",
la cavalerie Pajol-Domon se place entre cette ferme et le village de Gilly, toute la cavalerie attend le soutien de l'infanterie.

A partir de 17 heures au plus tôt, la tête de colonne du 3e corps Vandamme parvient à Gilly (Lefol).
A 17h30 Napoléon donne ses instructions à Vandamme. 

Les forces engagées:

  •  Vandamme disposait d'une infanterie de 15.000 hommes, mais seule la division Lefol a été engagée (5.000 fantassins) face aux 5.700 hommes de la Brigade PirchII
  • Les 2.000 Hussards et Lanciers du 1er corps de cavalerie de Pajol (sans le 1er Hussard) mais augmenté de 1.000 Chasseurs de la division Domon restent en réserve au départ.
  • 2.800 Dragons du corps de cavalerie lourde d'Exelmans/Grouchy interviennent sur l'aile droite.
  • Napoléon n'utilisera qu'un régiment de cavalerie de sa Garde, les Dragons de l'impératrice commandé par son aide de camp Letort, (qui s'élancera à la tête d'un seul escadron).

 

La bataille de Gilly du 15 juin 1815

 

 
Napoléon et Lefort étaient donc stationnés en retrait au sud de la Chaussée de Fleurus au niveau de l'actuelle "Chaussée Impériale", au devant se trouvait les cavaliers de Pajol au niveau de l'actuelle rue de la Ferme.
5000 hommes de la division Vandamme étaient déployés dans la zone actuellement inhabitée  qui se trouve de part et d'autre de l'actuelle route de Basse Sambre, entre la rue des Hayettes, le sentier de la Ferme et la voie expresse R3.
Les 3000 Dragons d'Exelmans devaient se trouver au niveau de l'actuelle rue de Gilly qui passe sous le R3.
L'ancien bois de Fayt au travers duquel les troupes françaises sont montées à l'assaut correspond à l'espace actuel entre l'autoroute et la rue de la petite Hollande et la rue de la Poudrière.
Le Moulin Delhatte devait se trouver vers la rue Malacord ou la rue du Moulin de Chatelineau.
 

 
3) Les combats à partir de 18h00.

A 18 heures, deux colonnes d'infanterie (peut-être trois) montent à l'assaut du plateau (5), deux batteries d'artillerie du 3e corps sont au sud de Gilly, Grouchy et Exelmans sont à droite et Pajol est en réserve.


Selon Wagner, une colonne se dirigeait vers le 3e bataillon du 6e régiment de Prusse occ., la seconde vers le 2e bataillon du 2e régiment landwher de Westphalie.
Dès les premiers contacts, Pirch fait replier son artillerie et les 2e bataillons du 2e et 28e vers les bois de Triche-Heye, sous le couvert des deux bataillons de fusiliers du 28e et du 6e régiments et des Dragons de von Woisky (6). 


Voyant les prussiens se replier, Napoléon donne l'ordre à Letort de les poursuivre et de charger avec son régiment de Dragons. Il semble que celui-ci ne prend pas le temps de les rassembler et part avec un seul escadron(7) (200 cavaliers), il monte vers Sart-Allet et charge les deux bataillons qui parviennent cependant à se replier dans le bois de Triche-Heye.
Au même moment, des dragons d'Exelmans attaquent et écrasent les dragons du colonel Woisky.


Pendant ce temps, les deux bataillons de fusiliers se replient sur près de 1200 mètres vers Pierreronchamp et les bois situés en arrière. Ils sont atteints par les 700 dragons de la Brigade Vincent d'Exelmans(8)  , le 3e/28e (major Müller) recule en carré mais à la troisième charge de cavalerie il perd les deux tiers de ses hommes(9) .


Le 3e/6e (major von Henne) est également chargé à trois reprise par la cavalerie à moins de 500 mètres du bois, formé en carré il parvient à se dégager sans trop de perte derrière Pierreronchamp et le bois de Lambusart. La division de Dragon Chastel  participa à cette poursuite. 
Il semble que le général Letort fut tué près de Sart-Allet, en bordure du bois de Triche-Heye(10) , par une balle provenant d'un bataillon du 28e régiment de Berg.

Selon le rapport de Grouchy de 22.00 hrs, les dragons d'Exelmans, en partie à pied, ont refoulé et poursuivit une cavalerie prussienne reformée et le reste du 3e bataillon du 28e dans le bois de Lambusart. La cavalerie Pajol chasse les bataillons repliés sur la route de Fleurus (les 2e/28e et 2/2e) et font un grand nombre de prisonniers (11).


Selon A. Wagner(12),  Zieten avait en effet détaché en secours les 600 dragons du Brandebourg de la cavalerie de réserve de Röder, sans doute depuis Lambusart ou Farciennes. Les différents bataillons repliés de la 2e brigades PirchII prirent position à Lambusart avec quelques bataillons de la 3e brigade Jagov. Un échange d'artillerie légère termine la journée.

A 20 heures, l'Empereur quitte le champs de bataille et rentre à son quartier général à Charleroi, dans l'hôtel du maitre de forge nommé "Puissant", où il se couche quelques heures.
Grouchy a prétendu à postériori qu'il avait voulu poursuivre et prendre Fleurus avant la nuit avec l'aide de l'infanterie de Vandamme, mais que celui-ci avait déjà donné l'ordre de bivouaquer(13) . Ceci n'apparait pas dans son rapport de 22.00 hrs.

« Au village de Campinaire, le 15 juin 1815, à dix heures du soir.
« Sire,
« J’ai l’honneur de rendre compte à Votre Majesté que le corps de cavalerie du général
Excelmans, auquel j’avais donné ordre de déborder l’aile gauche du général Ziehten, en position au-delà du village de Gilly, et couvert par un ravin profond et un ruisseau fangeux, a franchi ces obstacles et culbuté la cavalerie prussienne, enfoncé quelques carrés d’infanterie, et a fait un bon nombre de prisonniers. La cavalerie ennemie s’étant ralliée, et protégée par le feu de son infanterie qui s’était reformé à la lisière du bois de Lambuzard, a essayé de se reporter en avant ; mais elle a été refoulée dans le plus grand désordre dans le chemin qui traverse le bois, et poursuivie au loin par nos dragons dont quelques compagnies ont mis pied à terre et contenu à la lisière du bois de Ransard l’infanterie ennemie, donnant ainsi au corps du général Vandamme le temps d’arriver.
« Le général Pajol, à la tête du premier corps, a chassé l’ennemi de la route directe de Gilly à Fleurus, lui a fait bon nombre de prisonniers et s’est non moins distingué que celui du général Excelmans dont je ne puis assez faire l’éloge à Votre Majesté.
« C’est au cri de vive l’Empereur, et avec un véritable enthousiasme, que les troupes ont abordé l’ennemi.
 « Je suis, etc., etc.
« Le maréchal Grouchy»



4) Les positions au soir du 15 Juin.

•    Les brigades prussiennes du 1er corps prennent finalement position entre Bry et la ferme de Fays. La cavalerie de réserve de Röder bivouaque en arrière de Fleurus. Zieten laisse à Fleurus deux bataillons du 7e régiment de Prusse (800 hommes).

•    Finalement les cavaleries de Pajol et d'Exelmans bivouaquent à trois kilomètres de Fleurus, en première ligne entre Lambusart et le cabaret de Campinière où Grouchy a son QG:
Une division de Pajol est à Lambusart, l'autre à Campinaire, au carrefour dit "de l'arbre Frère Henri"
Une division d'Exelmans à la ferme de Fontenelle, l'autre à Lambusart.
La cavalerie lourde (4e corps) de Milhaud est entre Charleroi et Chatelineau.
Le corps de Kellermann est encore au sud de Charleroi.


« Au maréchal Soult,
« Campinière, le 16 juin, 3 heures du matin.
« Monsieur le Maréchal,
« Veuillez, je vous prie, rendre compte à l’Empereur que les quatre corps de cavalerie sont placés de la manière suivante :
« Le corps du général Excelmans a une de ses divisions à Lambusard, et la deuxième, sur la route de Gilly à Fleurus, en avant de l’embranchement de Campinière.
« Le corps du général Pajol a une de ses divisions à Lambusard, et l’autre en avant du défilé de Rondchamp.
« Le comte de Valmy, commandant le 3e corps ne m’a pas encore fait connaître son emplacement mais je présume qu’il a rallié sa 2ème division.
« Le 4e corps doit se trouver contre Charleroy et le point où j’ai fait charger les carrés d’infanterie Prussienne.
« Je n’ai point encore les rapports des pertes qu’ont faites les 1er et 2e corps dans la journée d’aujourd’hui ; je les ai demandés, et vous les enverrai dès qu’ils me seront parvenus.
« Le total des prisonniers faits par la cavalerie dans la journée d’hier, est de 8 à 900 hommes.
« Agréez, etc.
« Le maréchal Grouchy»

Pour le 3e corps d'infanterie Vandamme:
la division Lefol est à la ferme "Wainage" au nord du bois de Farcienne,
la division Habert est entre la ferme "Fontenelle" et la route de Gilly-Fleurus
la division Berthezène est dans le bois de Sandrouin (arrive à 19.00 hrs)
la division de cavalerie Domon est près de Fontenelle où Vandamme a son QG.
La Garde Impériale se trouve sur 4 km le long de la route Charleroi-Gilly.
La Jeune Garde est dans Gilly et la cavalerie lourde au carrefour près de "Belle-Vue".

 

La bataille de Gilly du 15 juin 1815

 

Notes & sources:

(1) Die Geschichte des 28.Regiments. In: Special ABN, nr.65 p.14 Report of major Von Quadt (28th regiment). In: KA, VI.E.7.I.74 in GSA,VPH-HA,VI nr.VII.nr.3C.p.23 Pflugk Harttung, J.von In: GSA, VPH-HA VI,nr.II.5.p.15 Neff, W. - Geschichte etc. 22 - 23

(2) sur les 600 hommes du 3e bataillon, 120 tués, 400 blessés ou prisonniers et 80 rescapés. (rapport de PirchII)
(3) Damitz, "histoire de la campagne de 1815" Journal des sciences militaires, p51 & Wagner A. : "La campagne de l'Armée Prussienne en Belgique en 1815"
(4) sauf le 1er régiment de Hussards (525 cavaliers) qui a été envoyé vers Gosselies.

(5) La composition de ces deux colonnes est incertaine, sans doute 9 bataillons de la division Lefol.
(6) Reiche Ludwig von :"Memoiren Des Koniglich Preussischen : Th. Von 1814 Bis 1855, Zweiter Theil" (Leipzig, 1857) p164

(7) voir Gourgaud
(8) Grouchy, E. "Relation succincte" 3e série p.16 Exelmans mentionne le rôle des 15e et 20e régiments de Dragons de Vincent.
(9) Reiche L. p165. et Rapport de PirchII p.31: Sur 600 hommes du 3e bataillon, 120 furent tués, 400 blessés ou faits prisonniers et 80 rescapés.
(10) Kaisin, J. "Annales historiques de la commune de Farciennes" (Tamines, 1889) p.385
(11) il est question de 800 à 900 prisonniers selon Grouchy dans son rapport du 16 juin 3h du matin (voir plus loin)

(12) Wagner A. "La campagne de l'Armée prussienne en Belgique en 1815" (Berlin 1825) p.16
(13) d'après le général Le Senecal, chef d'état-major de Grouchy: Senecal C., "Général Le Sénécal, Campagne de Waterloo", Philadelphia (1818)

 

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